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C’est la revanche des « petites gens ». Le régime Sarkozy – parenthèse bling-bling ouverte en 2007 qui prétendait saper les contre-pouvoirs pour dépasser les pesanteurs françaises – vacille à cause d’une comptable et d’un majordome. Les tentatives systémiques de maîtrise de la justice et des médias, n’auront pas protégé l’omniprésident. Dictaphones, CD Rom et Internet auront porté l’estocade, révélé l’essence du régime : la pratique permanente du trafic d’influence pour une politique de caste. Essorer les uns (nombreux), pour mieux gaver les autres (les happy few des grandes fortunes), dans un entre-soi et jeux de cour, avec fortes pincées de manipulation. Dégât collatéral du procès familial Bettencourt, les révélations de « petites gens » ont eu l‘effet d’un missile sur la classe politique au pouvoir. Une forte déflagration qui a même réveillé les journalistes ;-).


Les troupes du gouvernement et de l’UMP crient à la chasse à l’homme, au lynchage, à la cabale, à la déstabilisation orchestrée par l’opposition, … Le patron de l’UMP, Xavier Bertrand a qualifié de «méthodes fascistes» le travail de Mediapart, Lefebvre, Morano, Estrosi entonnent la même chanson. C’est la curée contre internet, pour dévaluer l’information issue d’un journal électronique. Ces sots croient-ils réellement qu’il suffit de taper sur le messager, pour qu’on ne tienne pas compte du message. Ils nous demandent de regarder leur doigt alors que c’est la lune qui pose des questions ravageuses pour le « système Sarkozy » !

 

Philippe Bilger, avocat Général près la cour d'appel de Paris qui n’est pas connu pour être un gauchiste, a fait un très bon billet pour clore le bec à ces arrogants UMPistes, qui jouent l’outrance et l’outrage contre les médias. « On ne peut pas tout vouloir en même temps : demeurer en place et faire taire. Imaginons qu'on n'ait rien su de Liliane Bettencourt, …, d'Eric Woerth, de son épouse, …, d'un possible blanchiment, des probables fraudes fiscales, de la justice privatisée, de ces relents d'argent, de pouvoir et de privilèges. Ces êtres et ces comportements n'ont pas été créés par Mediapart. Ils sont là, présents, disponibles. Il aurait fallu en faire quoi ? Si notre démocratie était vierge de ce qui l'a troublée, informée et agitée depuis ces dernières semaines, serait-elle plus riche, plus forte, plus ignorante certes mais aussi plus lucide ? Notre société serait-elle plus ou moins démocratique ? Qui de bonne foi oserait répondre par l'affirmative ?». 

 

A la suite de toutes ces révélations, crier au fascisme contre Médiapart et attaquer les médias, nous enfonce un peu plus dans le populisme. Le dévoiement des mots par les aboyeurs de Sarko – « presse collaborationniste » – ajoute au risque du « tous pourris » qui peut gangréner une démocratie. Cette contre-attaque de l’UMP est malheureuse, pour ne pas dire périlleuse.  Elle sera sans doute vaine, mais pas sens effet pour propager l’atmosphère délétère.


 

Nicolas Sarkozy pourrait devenir le « Richard Nixon français ». Rappelez-vous ce président américain, poussé à la démission en 1974, à cause du scandale des révélations du Watergate. Le système Sarkozy est assez semblable au système Nixon. Un cabinet présidentiel hyper puissant, le culte de l'argent roi, la pratique systématique du storytelling, la volonté de dominer les médias, … Les révélations d’une seule affaire, le Watergate, qui avait commencé en 1972 comme une « tentative de cambriolage de troisième ordre », avait coûté son poste à un président en confirmant la séparation des pouvoirs. Des juges indépendants, le Congrès dans son rôle de gardien de la démocratie, et la presse dans celui de contrepouvoir rallié aux intérêts du peuple.


Aujourd’hui, Médiapart joue le rôle du Washington Post de l’époque. Reste à ce que l’on dépasse les enquêtes préliminaires menées par le parquet aux ordres du Château, que l’Assemblée Nationale se saisisse de ses nouvelles prérogatives en affirmant son indépendance vis-à-vis du président, et que la sphère médiatique s’affranchisse définitivement de l’autocensure. C’est le seul remède qui puisse protéger notre démocratie française, contre le populisme induit par l’affaire Bettencourt/Woerth/Sarkozy.

 

Tag(s) : #Politique

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