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Ce week-end, se tenaient aux Docks de la Joliette à Marseille, la seconde édition du salon des écrivains de la méditerranée : « écritures méditerranéennes ». Un « petit » salon littéraire - adossé à la rive du port d’où les bateaux accostent entre deux voyages sur mare nostrum, tels des passeurs entre deux rives - pour seize écrivains (pas d’italien, ni de palestinien mais un portugais) et quelques centaines/milliers de marseillais.


Salon soigné, avec une entrée signée par Jacques Ferrandez, auteur de L’Hôte, BD adaptée d’une nouvelle de Camus, dont quelques planches sont reproduites format xxl. Un parquet sonore, quelques tables et des livres, un café littéraire et une salle de contes pour enfants, tout cela fait un salon littéraire de bonne tenue avec la vie et la voix des auteurs. L’évènement, de qualité, est dans l’orbite de Marseille 2013. La « présence » de Camus pour cette 2nde édition n’est donc point fortuite…

 

J’ai manqué la lecture de Stéphane Freiss sur « l'empreinte laissée par Albert Camus en Méditerranée » du dimanche matin. Mais j’ai eu la chance d’entendre la table ronde sur « la littérature sert-elle aussi à faire la paix ? » alors que l’esprit de Camus flottait encore sur la salle. Animée par Pierre Assouline, elle a rassemblé Maria Efstathiadi - auteure venue de Grèce, Michal Govrin - auteure venue de Jérusalem en Israël, Robert Solé - auteur et directeur du Monde des Livres, né en Egypte et vivant en France depuis 1963, Amin Maalouf - auteur né au Liban et ayant vécu en Egypte, et Yigit Bener – interprète et auteur né à Bruxelles qui a grandit entre la France et la Turquie où il vit depuis 1990.  Ce que je retiens des échanges…

 

De part et d’autre de la méditerranée (comme au niveau mondial) des visions schématiques se renforcent sur les aprioris culturels et sociaux de l’autre, l’étranger. Ces visions schématiques traversent et travaillent les opinions publiques. L'écriture (littérature, théâtre, journalisme, ...) est un frêle mais vivant trait d'union entre les rives de l’autre. Toutefois, les épistolaires méditerranéens, passeurs qui auraient un pied sur chaque rive, sont moins nombreux aujourd'hui qu'il y a 30 ans.

 

L'esprit de croisade est il en plein renouveau ? En résurrection ? A notre époque, l'opposition entre religions s'est substituée au nationalisme et surtout au conflit entre les deux blocs Est/Ouest de la guerre froide. Le mur qui ceinture les communautés est devenu « faussement » cultuel, alors qu’on le prétend culturel, voir national.

 

Un retour du religieux ? Effondrement du marxisme, sortie de l’ère post-colonisation et fin du nationalisme arabo-musulman, la religion est devenue héritière de la chute des grands courants de pensées universalistes. Après la faillite des grandes idéologies du 20ème siècle, le retour au religieux est - malheureusement - une des seules bouées de transcendance et d’espérance... Des bouées qui deviennent des mines quand elles sont aux  mains des ultra-orthodoxes et des extrémistes...

 

Trouver des passerelles entres différents croyants, le rôle de  l'écrivain ? Comment s'adresser alors aux athées ? ;-) A l'universalisme des Lumières, même incomplet (droits de femmes, des colonisés,...), nous ne devons pas renoncer au prétexte de son inachèvement. Revisiter l'universalisme des Lumières pourrait être une sorte de rôle en creux assigné aux auteurs méditerranéens, pour rendre l’universalisme sensible et intelligible au 21ème siècle. Les livres peuvent nous apprendre à composer avec les différences, pour habiter la société monde nécessairement plurielle.

 

La littérature, un outil pour la paix ? Comment vivre dans un monde de communication, quand l'on ne s'entend pas ou plus ? Le livre peut-il servir de lien, de vecteur de compréhension mutuelle ? Rien n’est acquis, le livre peut aussi servir à la propagande de la haine, quoi que plus rarement. Généralement, un succès d'édition permet de relier des peuples, de faire connaître des rêves et des matrices de vie différents.

 

L'universalisme en régression ? Que faire de nos identités multiples, certaines profondes, d'autres épousées ou encore  effleurées. Doit-on défendre une identité "prédominante" pour être  dans l'air du temps du conflit ? Poser la question est répondre par le non…

 

La littérature n'a pas de vocation politique, elle est pour elle même, un pont en construction vers l'autre qui voudra bien l'emprunter... Le théâtre peut être politique, pour confronter les  mots au monde, de façon vivante et offensive. Le cinéma ouvre également des portes, avec l’effet du mass market

 

Sont-ce les intérêts ou la culture qui construisent les murs autour des  communautés ? La culture subversive n'est elle pas le seul antidote possible pour faire tomber les murs ? Dans les périodes difficiles, de régression, la culture et la littérature sont plus que jamais essentielles pour ne pas dériver vers les heures ombres de l'histoire qui pourrait malheureusement se répéter...

 

Parler de guerre et de paix en méditerranée, c’est nécessairement affronter la question d’israélo-palestinienne. Question ultra sensible,… Ce pays fondé par des socialistes laïcs, est devenu un pays religieux, malgré l'esprit des fondateurs. Ce n'est pas la place des rabbins d'être au gouvernement ou au parlement. Cela provoque du clivage à l'intérieur du pays et avec les voisins. Voilà pour la critique adressée depuis la tribune, mais  Michal Govrin n’est pas premier ministre d’Israël… 

 


Je ne sais pas si « écritures méditerranéennes » est « le grand évènement littéraire qui manquait encore à Marseille » comme le professe Guy Tessier, élu phocéen et président d’Euroméditerranée. Si le salon a eu les honneurs du Monde, ce n’est peut être pas seulement à cause de l’implication de Robert Solé, mais bien pour la valeur du salon. « Ecritures méditerranéennes » pour aussi humbles qu’elles doivent être pour aborder Marseille – ville où la littérature n’est point une évidence populaire, est plus qu’un succès d’estime. Pour les prochaines éditions, reste à augmenter la fréquentation sans dénaturer la qualité de cette rencontre littéraire et peut être à trouver quelques synergies avec « les rencontres d’Averroès » qui se déroulaient ce week-end dans un autre endroit de la ville au parc Chanot.  


 

Tag(s) : #heloim.sinclair

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