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Les Echos ont levé le voile vendredi 8 décembre dernier. Areva qui va présenter son plan d’orientation stratégique ce lundi 12 décembre, affichera des pertes historiques pour son exercice 2011. Un bon gros milliard d’euros de pertes, qui va être mis sur le solde de tout compte du mandat d’Anne Lauvergeon, une nouvelle raison a posteriori de ne pas l’avoir reconduite à la tête d’Areva… Reste que changer de patron(ne) ne change pas la réalité des chiffres. Le fleuron du nucléaire français a fait de mauvaises affaires, il va devoir déprécier pour près de 2,5 milliards d’actifs. Si le passé est maillé de pertes et d’un mauvais contrôle de l’Etat – qui a autorisé d’acheté au prix fort des mines d’uranium peu productives et refusé des investissements conséquents dans les énergies renouvelables – le futur est très incertain.


Après la catastrophe nucléaire de Fukushima, les nouveaux clients ne se bousculent pas, loin s’en faut. Dans la bouche de l’atomcratie, il y aurait tout plein de prospects, « il y a des discussion avec beaucoup de pays qui continuent à investir dans le nucléaire » a dit Besson, citant la Chine, l'Inde, l'Afrique du Sud ou le Royaume-Uni.. Mais dans les carnets de commandes d’Areva, rien de concret, et les précédents marchés de l’EPR en Finlande et en France s’avèrent être des gouffres à pertes en milliards d’euros… L’équilibre financier d’Areva est menacé et la société publique va devoir vendre quelques bijoux de famille (il en reste peu) pour renflouer son bilan sans trop taper le contribuable pour cette fois. Des expédients comptables pour 2011, qui n’évitent pas le danger financier pour plus tard, 2012, 2015, 2020, 2050…  

 

L’orientation stratégique de Luc Oursel, le nouveau patron d’Areva, est dans l’immédiat de s’engager à réaliser 500 millions d’économie par an. Sous la pression du gouvernement, Oursel va devoir camoufler les ajustements de sa masse salariale en France derrière les départs en retraite non renouvelés. Par contre, sa branche allemande va être méchamment saignée sans attendre, la faute à Merkel qui tourne le dos au nucléaire civil…

 

 

Areva est une société publique. Comme citoyen et contribuable, je suis très inquiet de ce qu’elle puisse être une bombe à pertes et déficits à retardement. Les génuflexions du ministre Besson pour empêcher la suppression de postes chez Areva en France, au nom du sacro-saint « emploi » foulé aux pieds par le même concernant l’énergie solaire, nous font oublier la question essentielle : où va Areva ? Et d’autres : ces ajustements vont-ils suffire ou le déficit devenir structurel ? Les choix industriels en matière de MOX doivent-ils être revus ? Quel plan B si les commandes de centrales EPR ne rentrent pas ? Comment la société peut-elle financièrement assumer ses risques sans gager les finances publiques ? … Laisser fuiter qu’Areva pourrait faire de futures économies sur son prestigieux siège social parisien en déménageant pour plus modeste à l’échéance du bail, ne fait que divertir la galerie sans influer sur les fondamentaux de l’entreprise, cela ne répond pas aux questions en suspens.

 

L’atomcratie française est tellement emprunte d’idéologie et de dogmatisme, prête à tout pour protéger son royaume hégémonique (75% d'électricité nucléaire, pas moins), qu’il est impensable que ses réponses soient honnêtes si elle voulait bien répondre, alors que la situation est complexe et les enjeux faramineux. La fable que tout va bien dans le meilleur des mondes pour le secteur nucléaire mondial à peine ébouriffé par Fukushima, et que nous français, champions du verbe sous contrôle atomcratique, allons tirer notre épingle du jeu avec l’EPR, est une faribole... Une faribole qui va nous coûter des milliards.

 

SOS budgétaire à Mme Merkel et à la Commission européenne, pour au moins poser le débat des enjeux financiers du nucléaire français, avec une réalité pas trop biaisée. 

 

Tag(s) : #France atom’cratique

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