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Michel Rocard, 81 ans, ancien premier ministre de Mitterrand, fait partie de l’atomcratie française. Il a nucléarisé la France dans les années 80 et plaide pour continuer de nucléariser la France, l’Europe et le monde pour demain. Il a un discours daté qui est une charge contre les énergies renouvelables, un état d’esprit très « français » qui a prévalue et prévaut encore dans l’administration et dans la classe politique française. Une pensée façonnée pour imposer le nucléaire aux français comme la solution miracle, sans jamais douter de ses certitudes ni envisager les risques inhérents au nucléaire (économiques et écologiques dus à un accident).

Pour 2012, Michel Rocard soutient François Hollande à la présidentielle et publie « Mes points sur les i ». C’est un livre « coup de gueule » censé lutter contre l’actuelle vacuité du débat politique, pour éclairer les français sur les grands enjeux à affronter alors que nous sommes dans la tempête. Rocard est un des rares hommes politiques français qui pose publiquement le défi du pic pétrolier que nous allons devoir assumer. « La grande croissance, c’est terminé. Le volume d’énergies fossiles disponibles va commencer à baisser d’ici deux ou trois ans, à un rythme vertigineux » déclare-t-il à Libération dans une interview de promotion de son livre.

Si je partage le diagnostic qu’il pose sur les grands enjeux qui devraient être au cœur du débat politique français, tels « changement climatique et pic pétrolier » qui en sont cruellement absents, je constate que Michel Rocard est un vieux briscard de l’atomcratie qui n’est pas neutre dans le débat énergétique. Après avoir nucléarisé la France dans les années 80. il a repris du service en 2012 pour défendre l’atomcratie et tire au canon sur l’accord PS-EELV. Son plaidoyer pour l’énergie nucléaire est cohérent avec son parcours et son appartenance à l’élite française atomcratique... Son discours est très partial, trop anti-renouvelable et pro-nucléaire pour sembler crédible.

Dans son essai Michel Rocard dénonce « la stratégie diabolique des Verts qui ont convaincu la Suède, l'Allemagne, la Belgique et l'Italie de sortir progressivement du nucléaire en deux ou trois décennies ».

A Libération qui l’interroge sur son vibrant plaidoyer pour le nucléaire civil, il répond : « L’importance de ce qu’il faut faire passer dans l’opinion concerne surtout les énergies renouvelables. Nous avons tous envie d’une énergie qui ne tue plus et nous avons tous envie d’une énergie qui respecte notre écologie. Malheureusement, nous ne disposons pas encore de solutions scientifiques qui rendent les énergies renouvelables assez accessibles financièrement pour qu’elles s’intègrent dans le fonctionnement de nos économies. L’éolien et le solaire, les deux plus diffusées, ne permettent pas de faire du kilowatts-heure par milliards. Or il nous en faut des centaines de milliards. Des pays comme le Danemark et l’Allemagne, qui ont joué cette carte trop fort trop vite, vont avoir des problèmes car ils vont devoir payer l’éolien à des prix exorbitants. Le sujet du nucléaire, on y arrive par différence. Et donc, on y arrive… Si on ne trouve rien, en l’état actuel des choses, on va vite arriver à un moment où la baisse très forte des énergies fossiles disponibles va se traduire par une baisse tout aussi forte du Produit intérieur brut (PIB). Ainsi, quiconque dit qu’il faut renoncer au nucléaire nous explique en fait qu’il faut accepter la décroissance. »

Synthèse de la pensée rocardienne sur l’énergie : les énergies renouvelables sont insuffisantes pour satisfaire les besoins et elles sont hors de prix. Sortir du nucléaire et choisir les énergies renouvelables, c’est faire le choix de la décroissance !

 

La charge est forte, elle vise sans nul doute à doucher les appétences vertes de Hollande. Rocard lui conseille de persévérer dans la route tracée par l’atomcratie. Des énergies renouvelables, un peu mais point trop, soyons sérieux et tapissons l’Europe et le monde de réacteur nucléaire. Si le changement climatique ne suffisait pas à vous convaincre de l’impérieuse nécessité de développer l’électricité nucléaire, regardez le pic pétrolier qui arrive. Vite, de l’EPR, de l’ATMEA, Fukushima connais pas !!!

 

Quelques faits et réalités pour douter de l’honnêteté intellectuelle de Rocard sur la question du nucléaire. Ils sont tirés du site notre-europe.eu, qui a publié en mai 2011 un mémo factuel sur la question du nucléaire pour l’Europe, sans prendre parti pour ou contre, pour poser la problématique d’un débat européen sur l’avenir du nucléaire civil.

 

On apprend dans le dossier de notre-europe.eu qu’au niveau mondial, il existe 437 réacteurs nucléaires (360 GW) produisant près de 14% des besoins en électricité. La part du nucléaire était de 6% de la demande mondiale d’énergie primaire en 2008 selon le World Energy Outlook de l’AIE. Le nucléaire représente près de 28% de la production d’électricité de l’UE, soit un niveau proche de celui du charbon (29%) et supérieur au gaz (23%) ou aux énergies renouvelables (16 %). Selon l’AIE, cette proportion devrait baisser continûment pour atteindre 24 % en 2030, mais en termes absolus la production nucléaire resterait au même niveau qu’en 2005, grâce à un renouvellement significatif du parc nucléaire européen aujourd’hui vieillissant.

L’Europe, au travers de sa législation a décidé démocratiquement de développer les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique. C’est un fait que Rocard doit prendre en considération s’il veut être honnête. Le paquet énergie climat de l’Union Européenne décidé avant Fukushima était un deal où le secteur nucléaire allait profiter du renouvellement du parc existant pour faire du business et où l’on faisait émerger en Europe de nouveaux secteurs industriels (énergies renouvelables et l’efficacité énergétique). L’Europe doit atteindre 20% d’énergies renouvelables d’ici à 2020, et chaque pays doit atteindre un objectif contraignant (23% pour la France).

 

Après Fukushima, attaquer les énergies renouvelables pour défendre le nucléaire est une position anachronique. Cette position va à l’encontre de la législation européenne ante-Fukushima, et ne respecte pas les choix démocratiques post-Fukushima des autres pays européens. Elle est ridicule compte tenu des enjeux énergétiques mondiaux où le nucléaire a une part négligeable (6% de la demande d’énergie primaire), et que son déploiement lent, de plus en plus cher et surtout risqué le destine à rester marginal. Tout l’inverse des énergies renouvelables dont le déploiement décentralisé permet de répondre au plus près des besoins de façon rapide, de moins en moins cher, sans risque et sans émissions de gaz à effet de serre.

Rocard veut nous faire croire que le nucléaire est la solution pour répondre au pic pétrolier. J’entends que sortir du nucléaire au moment où l’on doit affronter ce pic pétrolier et réduire nos émissions de gaz à effet de serre est une contrainte supplémentaire dans l’équation de la politique énergétique européenne et française. Toutefois, maintenir un nucléaire à haut niveau étouffe l’émergence des énergies renouvelables, qui sont appelées à jouer un rôle majeur dans le mix énergétique mondial à moyen/long terme. Michel Rocard ne propose rien d’autre que de privilégier l’investissement public dans le nucléaire et de retarder l’avènement des énergies renouvelables, seules énergies capables d’alimenter la planète au-delà du 21ème siècle. Pas certain qu’une telle vision passéiste séduise hors des cercles atomcratiques…

 

Tag(s) : #France atom’cratique

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