Partager l'article ! Perte du triple A – un séisme politique pour Sarkozy et l’UMP: Les éditorialistes de la presse nationale et régionale ont tous fait l ...


"Pour être soi, il faut se projeter vers ce qui est étranger, se prolonger dans et par lui.
Demeurer enclos dans son identité, c'est se perdre et cesser
d'être.
On se connaît, on se construit par le contact, l'échange, le commerce avec l'autre.
Entre les rives du même et l'autre, l'homme est un pont."
Jean Pierre Vernant, La traversée des frontières

Les éditorialistes de la presse nationale et régionale
ont tous fait leur papier de ce samedi sur la perte du triple A français. Il y a un relatif consensus pour relever que cette perte symbolique tombe au plus mal pour le président
officieusement candidat à sa réélection. Et que si Hollande en profite pour pousser l’avantage avec cette bataille perdue par Sarkozy, il va devoir tenir compte de cette nouvelle contrainte pour
affiner son projet. La perte du triple A français sanctionne presque plus de trois décennies de déficit budgétaire, tous les partis (RPR, UDF, PS, UMP) ont creusé le trou. Sarkozy plus que les
autres, ce qui lui vaut de se prendre la foudre S&P. Autre point d’analyse consensuel, l’affaiblissement symbolique et politique de Sarkozy qui en résulte. Sa stratégie « pré-électorale » est
mise en contradiction, l’image de président « protecteur » explose, celle de « capitaine dans la tempête pour mener la France à bon port » s’effondre… Son bilan qu’il tentait de masquer derrière
un nuage de propositions et de com de pré-candidat, est mis en défaut sous les projecteurs S&P, et lui y perd un important crédit. Au-delà de l’impact politique, cette dégradation de la note
souveraine française ne sera pas sans conséquences sur l’économie du pays, avant et après les élections…
Voilà l’humeur éditoriale de ce samedi 14 janvier, avec toutefois Libération qui se distingue avec un édito coup de gueule de Nicolas Demorand contre les agences de notation, leur pouvoir exorbitant et leurs mâchoires qui vont nous
enfermer dans la pensée unique de la rigueur.
Un A en moins pour la France, ce sont combien de points perdus dans les sondages pour Sarkozy ? On devrait savoir d’ici
dimanche et en début de semaine, quel est le niveau de décrochage. 2, 3, 4, 5 % en moins en quelques jours, plus ? Comment sa crédibilité est-elle affaiblie, jusqu’à quel point va-t-elle se
démonétisée ? Cela aura-t-il un effet dévastateur sur son cœur de cible électorale, les retraités et les actifs CSP+ ? Avec l’effet de souffle médiatique et le vent violent que va faire souffler
l’opposition, combien de points de confiance en NS déjà peu nombreux, vont-ils s’envoler d’ici une semaine à quinze jours, ce moment où commence à se cristalliser dans l’opinion publique une
décision électorale ? Jusqu’à quel point Nicolas Sarkozy peut-il s’affaiblir sans mécaniquement qualifier Marine Le Pen au second tour ? François Bayrou va-t-il être un recours pour les électeurs
de droite, alors que le candidat « légitime de l’UMP » est « cramé » ?
Cette perte du triple A est un séisme politique pour Sarkozy, qui rend encore plus incertain l’issue du 1er tour. La
séquence qui vient, hormis qu’elle sera violente contre Sarkozy qui va se faire « marcher dessus » par l’opposition (PS, FN, Modem, EELV, FG…), se voir lâcher par ses troupes sur le mode « sauve
qui peut », est complètement illisible. Impossible de lire la composition d’arrivée au soir du 22 avril. Qui pourrait aujourd’hui se risquer à donner le quinté d’arrivée dans l’ordre du 1er tour
de l’élection présidentielle ?
Les conseillers en image de Sarkozy vont devoir s’agiter les neurones pour trouver un rebond, qui fasse oublier cette
dégradation de la note souveraine de la France, qui symboliquement/mécaniquement se traduit en une dégradation de la marque Sarkozy. Y compris dans son camp où les députés UMP candidats à leur
réélection, doivent se poser aussi beaucoup de questions. Sarkozy est « leur » président et « leur » candidat, aussi, la dégradation de la marque Sarkozy dégrade aussi la marque UMP, ce qui obère
leur potentiel d’être réélus. Vont-ils devoir prendre des distances avec l’investiture officielle UMP/Sarkozy pour faire campagne ? Que dire aux français qu’ils rencontrent pour les inciter à
voter Sarkozy à la présidentielle, si eux même ne croient pas à la victoire ?
Je parie que le sommet social du mercredi 18 janvier 2012 va faire « flop », « pschitt », alors que Sarkozy va utiliser
cette fenêtre de tir pour essayer de reprendre la main médiatique/politique après la perte du triple A.
Dans un prochain billet, je vous proposerai un essai de politique fiction sur le soir du 22 avril et la recomposition du
paysage politique avant et après le 6 mai.
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