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Week-end ensoleillé et studieux, à lire et relire attentivement le rapport Charpin de l’Inspection Générale des Finances, dévoilé dans le courant du vendredi 3 septembre. Ce rapport propose une analyse de la filière photovoltaïque française, avec un diagnostic du développement depuis 3 ans et des préconisations pour endiguer la montée de la « vague solaire française » qui pourrait finalement coûter cher. La France n’est pas l’Allemagne - ce qui est rappelé dans le texte du rapport - et l’élite atom’cratique française juge à la place du bon peuple, qu’un verdissement solaire de notre électricité est hors de portée de notre bourse.

 

Le rapport Charpin préconise de mettre sous l’étouffoir la filière photovoltaïque française qui émergeait depuis trois ans. Il intervient comme un corset, qui va étouffer les PME tout en appelant à la rescousse les grands groupes, pour mettre sur pieds une politique industrielle solaire, avec l’alibi de financer la R&D sur fonds publics. Jean Michel Charpin, est on ne peut être plus clair dans sa conclusion : « ne pas en faire trop aujourd'hui, permet de se donner des marges de manœuvre pour en faire davantage demain, avec des technologies moins onéreuses, plus efficaces et plus propres. ».

Il s’agit bien d’un enterrement en 1ère classe IGF de la filière PV française. Les 1000 emplois développés en France dans l’aval de l’amont industriel du PV pèsent peu, les 8 à 10 000 emplois créés dans l’aval (conception, réalisation, maintenance) pas d’avantage. Il faut casser les jambes de la croissance du solaire en France, investir en R&D et prier pour développer de futurs champions mondiaux, c’est la recette du bon docteur Charpin pour le secteur solaire français.

 

Je fais mien, le commentaire laissé sur mon blog, sur l’erreur de raisonnement tragique de l’équipe de Charpin. Elle tire des conclusions hâtives « alors même que la filière française du photovoltaïque est encore au milieu de sa phase d'investissement ». J’ajoute qu’elle crie au « péril économique français » pour appuyer sur le frein des ambitions et des appétences entrepreneuriales du PV, sans pouvoir réellement quantifier le coût futur de la récente période de marché 2009/10… Alors qu’il faut 2 à 3 ans pour décider et construire une usine, qu’on ne connaît pas réellement l’effort financier français depuis 2 ans, il est urgent de freiner. JM Charpin est un homme pressé d’éteindre la flamme solaire française, c’est dans sa lettre de mission de la contenir fermement. Une flamme qui pèsera une bonne centaine de millions d’euros en 2010 sur la CSPE, pour tendre vers 1,5 milliards à l’horizon 2020 sur la solidarité électrique française. Faudrait surtout pas accélérer l’échéance à 2013, alors que l’Allemagne dépense déjà près de 5 milliards / an pour verdir son électricité, et en dépensera sans doute 7 à 8 voir 10 milliards d’euros par an dans un proche avenir…

 

Petit rappel historique utile à rappeler, en parallèle de la lecture du rapport Charpin. Aux prises d’une très puissante atom’cratie, la filière solaire française a traversé un très long désert, pendant toutes les années 90 et jusqu’à juillet 2006. Date d’un voyage de Dom de Villepin en Allemagne, qui décida à son retour de contourner son administration atom’cratique, pour imposer un tarif d’achat attractif pour l’électricité solaire en France. Il faut dire que les allemands avait bigrement investi - et investissent encore énormément - dans l’électricité solaire… En 2006, le secteur solaire français est anémié, sans commune mesure avec la vigueur du secteur allemand, mais content de ce qui s’est décidé au retour de Berlin.

C’était presque un viol du corps des mines, de l’administration,  d’EDF, ERDF, … mais cette décision politique de DDV allait entraîner un développement du marché PV en France que le gouvernement Sarkozy a ensuite peiné à réguler (tout en s’en glorifiant dans la com du Grenelle), de 2007 à l’été 2010. Laborieuses et en sous effectif sur le dossier, les équipes de Borloo tâtonnent, elles laissent le loup de la spéculation s’engouffrer dans la bergerie solaire, en dopant le marché à la défiscalisation et sans réviser promptement son généreux tarif d’achat alors que le prix des matériels baisse. Elles ne sont pas vraiment créatives en matière de politique industrielle, font de mauvais choix (Silicium de Provence, …).  Après plus d’un an de tergiversations, dans un chant contre les spéculateurs, le gouvernement baisse une 1ère fois les tarifs en janvier 2010, puis de nouveau au 1er septembre (-12%) avec l’annonce d’une révision de la politique tarifaire en 2011. L’administration est par ailleurs particulièrement créative pour redéfinir le détail des règles du jeu de l’intégré bâti... Entre temps, Bercy a repris le dossier des mains de JL Borloo. Mais le message est clairement entendu par les acteurs et investisseurs : l’incertitude est permanente !!!

 

Le rapport Charpin finit par retirer le tapis sur les pieds de la filière. Après plus de 3 ans, la tendance montre que nous risquerions de dépasser les humbles objectifs du Grenelle de l’Environnement (5,4 GW en 2020). Il est donc urgent de ralentir, pour ne pas atteindre la tendance des 17 à 20 GW en 2020 vers laquelle nous tendions. Peut être 7 ou 9 GW en 2020 sont envisageables, mais seulement si vous êtes sage et que vous ne critiquiez pas trop l’actuelle politique énergétique et ses choix budgétaires cornéliens. Pas grave pour les PME et PMI qui vont boire la tasse. L’administration les invite à exporter d’avantage et à ne pas trop compter sur le marché national. Nous voilà revenu en quelque sorte au début des années 2000. On étouffe le marché pour contenir le déficit commercial, on finance la recherche et on attend. On laisse l’Allemagne, la Chine, la Corée du Sud, les USA, … développer leur marché national pour faire émerger tout un écosystème solaire vigoureux.

 

Résultat politique, la décision prise par le félon DD Villepin en 2006 a été torpillée en 2010. Fin du rêve, la France n’est pas l’Allemagne, elle assume de décrocher aujourd’hui – pourra t elle un jour remonter dans le train ? – de la compétition mondiale pour faire émerger et structurer un secteur solaire fort. La green-économie française sera nucléaire, what’s else ?

 

Je remarque au passage que le rapport Charpin préconisait d’assortir l’annonce de cette baisse de tarif, à celle concomitante d’une stratégie solaire française. La deuxième partie de l’annonce, avec la conduite d’une concertation, est renvoyée au remaniement… Mais ayez confiance, charmants investisseurs et entrepreneurs, la France a une vraie (et très timide) ambition solaire, foi de Charpin. Ok, nous arrêtons aujourd’hui l'effort au milieu du gué, en se fixant des objectifs ridicules comparés aux autres grands marchés - 500 MWc par an pour 2011 et 12 en France, c'est 12 fois moins que l'Allemagne en 2010 (hit entre 6 et 8 GW) qui devrait installer plus de 3000 MW/an d’ici 2020 pour atteindre un parc de 42 à 50 000 MWc. Mais c’est pour préserver le pouvoir d’achat des français de 2020, arbitrage de Sarkozy 2010 !!!

 

Il a été des rentrées de septembre plus glorieuses. Il y a deux ans, Le Monde titrait en une sur l’avenir radieux de l’énergie solaire – 12% 2020. Ce week-end de septembre 2010, Le Monde titre en page intérieure sur l’IGF qui dénonce le « péril financier » de la croissance débridée du PV en France. On verra l’ambiance qui règne à Valencia, pour PVSEC qui commence demain, 2 ans après la com autour du 12% 2020. La France a le compteur rivé à 1% de son électricité en solaire, et n’est pas prête d’en changer… Le secteur solaire français a la gueule de bois, finie l’euphorie de la croissance, le rapport Charpin est le clap de fin pour développer le photovoltaïque en France à court/moyen terme. Il faudra y revenir en 2012 !!!

 

Le citoyen français, il en pense quoi ? On en lui demande pas, l’atom’cratie pense et décide pour lui. Une économie solaire à la française, c’est un luxe que l’on ne peut pas se permettre, ainsi la grande caste a décidé dans l'été 2010...

 

Tag(s) : #Solar Buzz

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