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Exercice de politique fiction à 99 jours du 22 avril 2012


Il est 20h ce 22 avril 2012, la nouvelle prospérait sur internet depuis quelques heures, les urnes ont parlé. Nicolas Sarkozy n’est pas qualifié pour le 2nd tour, Bayrou le talonne, lui-même devant Mélenchon. Le 6 mai 2012 verra s’affronter François Hollande et Marine Le Pen. Dix ans après, c’est avril 2002 à l’envers, avec le FN qui vient troubler le jeu électoral, avec l’abstention qui est le plus grand parti de France : 33% des électeurs qui ne se sont pas déplacés. Du jamais vu sous la 5ème République pour la présidentielle, en 2002, dernière année record pour l’abstention, elle culminait à 28,4% au 1er tour, alors qu’elle avait baissé à 16,2% au 1er tour de 2007.
 

 

Ce quinté électoral, qui est l’aboutissement d’une campagne électorale violente, où les petites phrases et les mensonges des uns et des autres n’ont pas offert un projet de société aimable et crédible, n’est pas si improbable. En crise économique et sociale, en décrochage démocratique, les français ne croient plus à la politique qui fabrique du mieux vivre ensemble, ils sont désenchantés de 2007. Un tiers des électeurs est allé à la pêche à la ligne, faire une randonnée ou a fait tout autre chose que se déplacer pour voter. Un petit quart des électeurs a voté aux extrêmes, droite et gauche, Le Pen et Mélenchon, pour renverser la table et faire sauter le système. Vote protestataire, anti-euro et anti-Bruxelles, qui réclame de sortir du respect des textes et des institutions… Un gros tiers des électeurs distribue leur voix entre Hollande, Sarkozy, Bayrou, Joly et le solde va à une ribambelle de petits candidats.
 

 

François Hollande a fait une campagne de centre gauche, molle, imprécise, mais suffisante pour se détacher de plus médiocres, et accrocher 27,2% des voix exprimées. Ses promesses ont été étalées sur 5 ans, et les premières mesures seront pour conjuguer la rigueur et les programmes d’austérité. Il a surfé sur l’anti-sarkozy ambiant, pour se forger une stature d’alternative « bénite » par le système médiatico-financier. Il n’a pas renoncé au productivisme et à la croissance, avec un pot de peinture pour ripoliner son programme en vert façon léopard, il a laissé s’échouer Eva Joly sur les récits des petits candidats à moins de 3%.
 

 

Marine Le Pen a fait campagne en surfant aussi sur l’anti-sarkozy ambiant et en développant un axe fort sur l’anti-euro pour que la France retrouve sa souveraineté, elle a ainsi drainé un nouvel électorat, populaire, jeune, égarés de la gauche et déçus de l’UMP, tout en faisant le plein dans l'électorat traditionnel du FN. Elle n’a pas renoncé à son fonds de commerce idéologique xénophobe, mais n’a pas été dans la surenchère avec Guéant et Sarkozy. Ça lui vaut 22,9% et un passeport pour le second tour, comme papa en 2002. Au FN, on exulte, Sarkozy les a aidé à faire accepter une partie de leur corpus nauséabond, et Marine l’a attaqué sur ses faiblesses, son bilan et ses promesses trahies… 
 

 

Sarkozy n’allait plus très fort depuis le 13 janvier, comme si la perte du triple A français avait fait tomber la foudre sur lui. Rien à faire, candidat officieux puis officiel, en voyage et campagne permanente, à multiplier les propositions et surtout les attaques contre Hollande, il n’accrochait plus la lumière. Il plante un 17,7%, out of game, épuisé, laminé. Son camp n’a pas vraiment joué pour lui, et les ténors de l’UMP n’étaient pas véritablement enthousiastes de faire campagne. Même JF Copé a commencé à faiblir sur les dernières semaines, trop occupé à œuvrer à sa stratégie post mai 2012 pour réorganiser l’échiquier à droite et se maintenir à la tête de l’UMP.
 

 

Bayrou, le troisième homme de 2007, n’a pas réussi à retrouver le même souffle, sa dynamique de campagne a manqué de moyens et de troupes. La migration vers le Modem d’opportunistes quittant le navire UMP, l’a marqué plus droite qu’à gauche. Son discours de rassemblement national qui penche à droite, pour honnête et crédible qu’il soit, n’a pas réussi à améliorer son capital électoral en 2012. Bayrou est à 15,8%, au lieu des 18,5% de 2007.
 

 

Mélenchon, le dernier du quinté, le populiste de gauche qui fait carrière sur ses coups de gueule et n’entend pas véritablement gouverner, a attiré 12,5% des voix exprimées. Un exploit pour lui de faire un score à deux chiffres. Il ne va pas appeler officiellement ses électeurs à voter pour Hollande au 2nd tour, pour ne pas participer à la consécration du candidat du « système »…

 

 

Groggy devant ces résultats, toutefois moins qu’en 2007 où le ciel nous était tombé sur la tête par surprise, Je me dis que François Hollande ne fera sans doute pas un score à la Chirac en 2002 au soir du 6 mai 2012, l’abstention va rester forte et il n’est pas dit que les français défilent contre les idées du FN, comme en 2002...

 

 

Pour conclure cet exercice de politique fiction, le prolonger avec nouvelle porte de politique fiction. Sarkozy éliminé au 1er tour, Hollande s’installe dans le fauteuil présidentiel pour 5 ans, l’UMP va imploser avant les législatives et exploser juste après. Copé est en embuscade. Prenant acte de la place du FN dans la vie politique (près de 30% le 6 mai), il propose un scénario « à l’italienne », avec une coalition « d’opposition » autour de son parti, une coalition qui irait jusqu’à l’extrême droite policée incarnée par Marine. Son objectif, s’autoproclamer chef de l’opposition en canalisant la droite de la droite, et préparer la bataille de 2017. Mais c’est une autre histoire... 
 

Tag(s) : #Elections 2012

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