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J’avais fait un papier sur Franck Le Borgne, cet été, alors qu’il avait engagé une grève de la faim pour sensibiliser l’opinion publique au mauvais sort fait à sa PMI solaire. Mobilisation des réseaux bretons, du PS et des Verts, médiatisation nationale, plan pour arrêter la boucle du tour de France, manifestations, blocage d’une route… Avec tout ce boucan, la ministre de l'Ecologie Nathalie Kosciusko-Morizet avait fini par recevoir Franck Le Borgne, pour lui dire qu’elle faisait le maximum pour son dossier, mais que l’exercice était complexe, que la défense de l’intérêt général est parfois brutale…, blablabla. Le principal était qu’il ne mette pas sa vie en danger, qu’une solution à son cas était recherchée dans un cadre légal…, blablabla.

 

Après cette rencontre, Franck Le Borgne a arrêté sa grève de la faim, une sage décision. Le ministère de l’Ecologie avait «soumis à l'arbitrage du Premier ministre des aménagements» visant notamment à «aider le tissu de PME restantes de la filière asphyxiée par le moratoire à survivre». NKM a perdu l’arbitrage, Fillon est resté de marbre.

 

Quatre mois plus tard, Franck Le Borgne vient de publier l’acte de décès de son entreprise, One Network SARL, qui évoluait dans le développement de nouvelles technologies photovoltaïques. Il est devenu un ex-entrepreneur industriel du solaire ruiné, qui est amer d’avoir du envoyer ses huit derniers salariés au chômage. Aussi, il compte rendre les coups que lui a donné le gouvernement. L’acte de décès de son entreprise est accompagné d’une lettre ouverte à la Ministre de l’Ecologie, qui dénonce des pratiques illégales, des compromissions, … Ce breton en colère, compte utiliser son temps libre subi, pour distiller des preuves au fil des semaines, pour dénoncer les postures, les pratiques et le double langage du gouvernement concernant le photovoltaïque.

 

Je ne sais pas si Franck Le Borgne a des preuves sur tout ce qui est dénoncé dans sa lettre ouverte à NKM, je constate que certains points sont factuels - le laisser faire d’EDF EN aux projets pharaoniques, sources d’importations massives dénoncées par ailleurs… - et que sur d’autres, il commence à donner du biscuit tangible.

 

 

Ainsi,  l’enregistrement d’une conversation téléphonique avec NKM. Le média breton  Télégramme.com, publie de troublantes révélations de la ministre à Franck Le Borgne, qui était alors en grève de la faim.  Retranscription de la conversation, NKM : « Moi, quand je suis arrivée (NDLR, en novembre2010), cela faisait six mois que tout le monde savait qu'on allait mettre fin au système et personne n'avait le courage de le faire(...) La vérité, c'est que ce que j'ai dû faire (le moratoire, NDLR), ça faisait 18 mois que cela aurait dû être fait, parce que l'on savait depuis 18 mois que ça partait en vrille complètement (...) Jean-Louis (Borloo, NDLR) savait qu'il fallait le faire mais il n'a pas voulu en porter le poids!».

 

Cette révélation de la ministre est édifiante pour la responsabilité du gouvernement Fillon/Sarkozy. Dire que Borloo est un ministre qui n’a pas été courageux n’est pas très nouveau. Mais raconter que le gouvernement Sarkozy/Fillon a sciemment « laissé partir en vrille » un secteur symbolique du Grenelle de l’Environnement pendant dix huit mois, avant de le casser violemment fin 2010, c’est un aveu politique qui trouvera certainement des échos dans l’opposition et les médias.

 

Cette révélation entendue, des questions me viennent : à qui profitait la vrille ? Pourquoi le gouvernement a-t-il laissé faire ce plantage programmé ? Borloo était-il le seul au courant, couvert ou pas par l’Elysée ? A-t-on été assez cynique pour encourager des entrepreneurs à se projeter dans le vide au nom du Grenelle, avec une longue rampe de lancement de dix huit mois qui aboutie sur un précipice ? Pourquoi n’a-t-on pas régulé sainement durant ces dix mois plutôt que de tout casser à la fin ? …

 

 

La réforme à la hache engagée fin 2010/début 2011, a déjà généré plus de 10 000 chômeurs et cassé l’outil solaire industriel français. Ce sont les PME et les PMI qui morflent, tandis que les spéculateurs qu’on a laissé faire pendant dix huit mois tirent les marrons du feu. L’image du secteur est ternie, la réglementation est devenue absurde et les carnets de commandes sont vides, le secteur est en crise et le gouvernement est aveugle et sourd face à la situation. Fillon ne veut plus entendre parler de photovoltaïque…

 

Après dix huit mois de dérives, bientôt douze mois d’étouffement, d’ici mai 2012, cela fera trois ans d’absence totale de vision politique pour développer l’énergie solaire en France. Sur un mandat de cinq ans, c’est un bilan pathétique pour une technologie totémique et stratégique du futur mondial de l’énergie. Un gros gâchis, quel autre constat possible ? C’est à la fois un drame social avec ces emplois perdus par milliers et ces compétences évaporées, une gabegie de pouvoir d’achat des français pour enrichir des spéculateurs alors que les PME/PMI sont malmenées, et une hypothèque pour l’avenir avec un secteur industriel stratégique qui ne peut prospérer en France.

 

 

MAJ du 26/11/11, 20h : l’offensive médiatique de Franck Le Borgne, qui ne veut pas subir et se taire, est plutôt bien réussie :

-       Un papier dans Libération

-       2 minutes sur France 3 Bretagne

 

Mon avis est que cela va prospérer, qu’il va gagner en visibilité dans les jours prochains. Un homme déterminé qui a décidé d’agir, c’est difficile à arrêter, difficile à contrer. Il est une victime symbolique de la politique solaire de Sarkozy qui met tout sur la table car il n'a plus rien à perdre. Cela devrait prendre dans l’agenda médiatique et politique. NKM, qui a perdu tous les arbitrages, va être envoyée au feu pour défendre l’indéfendable. Son entretien avec FLB révélé, elle doit assumer sa gaffe et la mauvaise politique du gouvernement.

 

Tag(s) : #Solar Buzz

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