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Depuis le 9 mars 2007, une nouvelle stratégie énergétique européenne est posée, à base d’efficacité énergétique (URE) et d’énergie renouvelable (EnR). 20 % d’EnR en 2020 pour couvrir les besoins énergétiques de l’Union, c’est un changement de paradigme politique que peu de français ont intégré, experts et décideurs compris.

 

Toutes proportions gardées, la part des énergies renouvelables en Europe en 2020 (20%), sera supérieure à la part d’énergie nucléaire dans la consommation d’énergie française aujourd’hui (# 17 %). Et ce 20 % d’EnR 2020 est un objectif contraignant. Quoi qu’en pense notre diplomatie atomique française, les EnR viennent d’entrer dans l’ère industrielle de leur généralisation à l’échelle continentale. Ce billet ne vise pas à opposer les EnR au nucléaire, mais à rétablir un équilibre d’information et à libérer la vision des possibles, indépendamment du lobby de l’atome. Les énergies renouvelables ne sont pas destinées à jouer un rôle marginal dans le bouquet énergétique de la France. Elles viendront compléter une offre qui tende vers les 40 % d’énergie sans CO2 d’ici 2020 (part EnR + part nucléaire).

 

Depuis le 9 mars, et sur la dynamique du 6 mai 07, il faut donc reprendre toutes les prospectives politiques antérieures, devenues caduques. Les Programmations Pluriannuels d’Investissement (PPI) issues de la loi sur l’énergie (loi POPE), concernant l’électricité et la chaleur renouvelables, sont à réécrire. Elles correspondaient à une vision « étriquée » de la place des énergies renouvelables en France.

 

Regardons plus en détail, ce qu’il en est du photovoltaïque (PV), qui veut dire littéralement « électricité issue de la lumière ». Longtemps parent pauvre de la politique industrielle, et ultra marginal dans la politique énergétique, le photovoltaïque a été jusqu’à présent, le petit frère honteux, qui avance caché derrière l’hydroélectricité, la biomasse, le solaire thermique, l’éolien, la géothermie, … Des technologies de mieux en mieux acceptées par la technostructure, pour lesquelles une feuille de route est inscrite dans la loi sur l’énergie. La conversation au « renouvelable » du Ministère de l’Industrie est récente (années 2000), très modérée, avec une ambition sélective où le photovoltaïque est toujours sacrifié. Trop chère, pas assez puissant, il faut attendre la rupture technologique, technologie utopiste, luxe d’écolos rêveurs, bon pour les pays en voie de développement, …Le photovoltaïque a souffert d’un non développement en France, à cause des tares que lui prêtait le corps des Mines (qui formate la politique énergétique).

BIPV-installateurs.jpg

Sauf que pendant ce temps là, d’autres pays (Allemagne, Japon, USA avec la Californie, Espagne, …) n’ont pas eu les mêmes scrupules. Pour eux, l’électricité solaire va bien au-delà d’une utopie concrète. C’est un rêve accessible et prometteur (en terme d’emplois, d’exportations, de nouveaux services et de contribution énergétique). Les décideurs de ces pays, libérés du dogmatisme atomique, ont intégré que le photovoltaïque avait un bilan écologique largement positif, et qu’avec une équation économique qui le rendrait compétitif entre 2020 et 2030, il relevait des secteurs stratégiques.

 

Ainsi donc, le fleuron de l’OCDE et du G7 a fait le pari de l’électricité solaire. Partant de là comment ne pas imaginer une rupture, un nouveau paradigme pour la politique solaire française ?

 

BIPV-Saint-Gobain.JPGSi l’on peut se féliciter du nouveau tarif d’achat de l’électricité solaire en France (publié en juillet 06guide officiel publié en avril 2007), très favorable au PV intégré au bâti, l’un des meilleurs d’Europe avec jusqu’à 0,55 €/kWh pendant 20 ans. On ne peut que déplorer le paradoxale manque d’ambition. Car vouloir cumuler 160 MW de PV installés en 2010, 500 MW en 2015, c’est tout simplement ridicule quand l’Allemagne en installait en une seule année et à elle toute seule, plus de 700 MW en 2006. L’Espagne n’est pas en reste, et devrait cumuler 400 MW dès 2008 (objectif qu’elle s’était fixé pour 2010) alors qu’elle était, peu ou prou au même niveau que la France en 2005.

 

On le voit, pour le photovoltaïque, les choses vont vite, loin et grand, alors que la technostructure française avance à un pas de sénateur, dans une posture de pleutre face aux enjeux industriels. Ne pas opérer dès maintenant une rupture dans notre ambition nationale pour le photovoltaïque, c’est s’exclure de la course industrielle et technologique au niveau mondial. Les millions d’euros d’argent public investit dans l’INES, piloté par le CEA, n’y changeront pas grand-chose. Il y a une loi immuable en économie qui veut que l’on ne puisse jouer dans le concert des compétiteurs mondiaux, sans un marché national vigoureux. Ainsi l’actuel place du PV dans la PPI française équivaut à une balle dans chaque pied pour courir un 100 mètres. Ce ne serait pas grave si cela ne revenait à renoncer à un secteur stratégique de la mondialisation (le PV est une technologie massive d’exportation) et aux emplois associés (R&D, industrie, installation). L’EPIA estime qu'un flux annuel de 3 GW (objectif du marché européen en 2010) génère 100 000 emplois directs. Renoncer aujourd’hui par dogmatisme, alors que nous importerons massivement du PV à partir de 2020, c'est renoncer à ces emplois de l'éco-croissance… D’ici 2030, le PV devrait fournir 4 % de l’électricité mondiale.

 

Ne répétons pas avec le PV les mêmes erreurs que pour l’éolien et le solaire thermique. L’exemple récent de l’échec d’OPA d’AREVA sur RePower, devrait nous faire réfléchir. A force d’avoir fait la fine bouche, nous devons aujourd’hui massivement développer ces secteurs, sans toucher les dividendes d’une industrie nationale (au contraire des allemands, des autrichiens, des danois, ...). Le train du PV est parti depuis quelques années, mais nous pouvons encore raccrocher le wagon solaire France.

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La France a eu cette intuition géniale que le futur du PV passerait par les composants du bâtiment. Ainsi, l’arrêté tarifaire pour l’électricité solaire, consacre les centrales solaires intégrées au bâti. C’est une révolution conceptuelle pour le bâtiment, tout autant que pour la distribution/production de l’électricité. Ainsi, les façades et les toitures ne vont plus rester inertes, mais devenir génératrices d’électricité verte. C'est une nouvelle valeur ajoutée, pour le hard (composant du bâti) comme pour le soft (conception de bâtiments positifs).

 

Poussant le raisonnement jusqu’au bout, à moyen terme, l’évolution technologique va faire que le toit inerte coûtera plus chère que le toit actif. Tandis que le premier ne fait que coûter (investissement et déperditions thermiques), le toit solaire génère des économies (amélioration du rendement de la chaîne électrique, autoconsommation) et un revenu (revente de kWh). Cqfd, d’ici 2020, les enveloppes de nos maisons, de nos immeubles, de nos bureaux, ne dormiront plus au soleil, elles fabriqueront ce flux vital et écologique, pour nourrir d’électricité verte notre société.

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Attendu que l’on construit en France par an, 70 à 80 millions de m² de SHON (tous types de bâtiment, logement, tertiaire, agricole, ..). Avec un renforcement de la réglementation thermique et l’application du plan facteur 4 dans le secteur du bâtiment, les enveloppes actives vont se généraliser dans le neuf d’ici 2020. Avec une hypothèse modestement conservatrice, d’intégration du PV pour 20 % de SHON construit, l’on obtiendrait 14 à 16 millions de m² de PV, équivalent à plus de 1,5 GW nouvellement installés par an.

 

L’évolution technologique dans le neuf aura des répercutions sur le marché de l’existant pour sa rénovation. Et il y a fort à parier que les composants de bâtiment photovoltaïques y seront largement employés. C’est un flux de marché qui n’est pas prêt de se tarir, tant le stock de bâtiments à rénover est important. On peut avancer une hypothèse basse d’1 à 2 GW par an (10 à 20 millions de m²) pour ce segment d’ici 2020.

 

Sans compter le segment des centrales solaires non intégrées au bâti, on peut avancer un objectif de plus de 3 GW de PV installés par an en France à l’horizon 2020. Cela couvrirait près d’1% de notre consommation d’électricité et générerait plus de 100 000 emplois en France. Nous sommes loin du ½ GW que nous propose l’actuelle PPI pour cet horizon. Dans l’attente d’une rupture qui nous conduise sur une Odyssée du solaire en France. C’est une aventure collective qui est également un nouveau ressort de la construction européenne.

 

Une publicité solaire, révélée le 17 janvier sur ce blog, mais je ne m’en lasse pas ;-) Enjoy ;-))

 

 

 

 

Bibliographie :

Baromètre photovoltaïque européen 2006

A Vision for Photovoltaïc Technology – PV TRAC Report – European Commission Research community – 2005

PV Policy Group Assessment of 12 national policy frameworks for photovoltaics

Country Analyses • Benchmarks • Conclusions – may 06

EuropeanBest Practice Report

Sources :

Enerplan – Association Professionnelle française du solaire

EPIA : Association Européenne de l’Industrie Photovoltaïque

Plateforme technologique européenne photovoltaïque

IEA Photovoltaic Power Systems Programme

 

Tag(s) : #Solar Buzz

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